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La rencontre des familles recomposées.

L’affiliation et le recadrage dans la rencontre avec une famille recomposée 

INTRODUCTION


Cet article est né de l’interrogation : « Comment travailler avec des enfants dont les parents sont séparés ?  » Les réflexions ci-dessous se basent principalement sur le livre “La famille recomposée : Entre défit et incertitude” de Chantal VAN CUSTEM.

Nous tenterons de décrire la spécificité du temps (temps de la séparation du couple conjugal, temps de la rencontre du nouveau couple et de la recomposition familiale) et la spécificité des nouveaux rôles que pourront y tenir les membres de la famille. Celles-ci permettront de prendre conscience des types d’affiliation que l’intervenant systémicien peut être amené à vivre quand il rencontre un tel système.

Dans un second temps, nous verrons l’apport que peut apporter l’intervenant dans son intervention auprès de ce type de famille.

DÉFINITION ET SPÉCIFICITÉ


Chantal VAN CUSTEM [Il est surprenant de constater qu’en Amérique du Nord, la famille recomposée constitue le premier thème de recherche alors qu’en Europe,il existe peu de recherches spécifiques sur le sujet. Chez nous, il semblerait que les thérapeutes familiaux appréhendent ces familles soit comme des familles monoparentales, soit comme des familles nucléaires.

Mais l’auteur est catégorique : il existe une différence entre ces deux types de famille et elle réside dans la complexité de la structure relationnelle.

Elle exhorte le thérapeute familial à en tenir compte lorsqu’il reçoit ce type de famille et à se pencher sur celle-ci à partir des relations que les enfants vont créer avec chacun de leur parent biologique, avec chaque membre de sa nouvelle famille et chaque famille d’origine.

Les difficultés que ces familles rencontrent sont de plusieurs ordres :

1.      L’absence de définition légale des devoirs et obligations du beau-parent envers son bel enfant et cela même s’il y a remariage. De plus on observe que bien souvent ces nouveaux couples ne se remarient pas.

2.      La temporalité est différente que dans une famille nucléaire puisque le cycle de vie traditionnel n’est pas respecté (rencontre du couple-naissance du premier enfant-etc.) et met en difficulté la famille recomposée en manque de repères et de rituels.

3.      L’espace : l’endroit où vont vivre les enfants sont fluctuants et va impliquer des fonctions parentales à inventer tant vis-à-vis des parents biologiques que des beaux-parents.

Ainsi ces familles doivent plus que les autres négocier et effectuer un intense travail psychique pour se définir.

LES TEMPS DE LA SÉPARATION ET DE LA RECOMPOSITION


TEMPS DE LA SÉPARATION DU COUPLE CONJUGAL ET PROCESSUS A L’ŒUVRE AU SEIN DE LA FAMILLE

Lorsque le couple se sépare, les membres du couple doivent faire face à des émotions très vives en lien avec un processus de deuil (au sens de la mise en place de processus psychologiques conscients et inconscients qui sont déclenchés par la perte) concernant la séparation et l’ensemble des projets conjugaux et familiaux que chacun avait élaboré. L’auteur constate qu’à côté des rituels d’union (fiançailles, mariage) et de désunion (divorce), il n’existe pas de rituels de désillusion en fin de relation de couple. Cela peut occasionner des discontinuités entre les interventions légales et le vécu émotionnel lié au divorce : ainsi alors que le divorce est prononcé, des ex-conjoints peuvent se livrer une guerre au niveau de leur influence parentale respective, les conflits au sujet des enfants réactivant les anciens types de relation conjugale au détriment de la relation parentale.

Mais la séparation et donc la scission du système familial nucléaire en deux sous-système parentaux touchent également les enfants, les membres de la famille élargie et parfois les personnes extérieures à la familles mais maintenant des liens étroits comme certains amis. Ceux-là aussi doivent faire face aux diverses émotions rencontrées dans le processus de deuil. De plus, chacun devra se situer par rapport à cette rupture conjugale et recréer une autre image de la ou des famille(s).

TEMPS DE LA RENCONTRE DU NOUVEAU COUPLE ET LES PROCESSUS EN COURS AU DÉBUT D’UNE RECOMPOSITION FAMILIALE

Comment le nouveau couple va être reconnu par les différents membres de la famille élargie ?

Premier constat : le couple recomposé (c’est-à-dire un couple composé d’au moins un membre divorcé) souvent ne se marie pas.

Or l’auteur insiste sur la fonction de rituel de passage du mariage ayant pour but premier de « rompre les liens avec les familles d’origine ». Il confère une légitimité légale au couple et une identité sociale nouvelle à la famille. Ce rite apparait souvent au désir du premier enfant et donc de fonder sa propre famille et de l’affirmer publiquement.

Dans le cas du couple recomposé, peut-être cette sortie de la famille d’origine a déjà eu lieu précédemment, peut-être par désillusion, les membres du couple comptent avant tout sur la légitimité affective qu’ils ont l’un envers l’autre plutôt que sur la légitimité légale.

De plus, l’arrivée d’un enfant de couple recomposé semble donner une légitimité à la famille recomposée au sein de la famille élargie et des enfants issus d’union précédentes. Souvent une fête est organisée à la naissance de cet enfant.

Deuxième constat : le couple recomposé se définit en fonction du couple précédent comme étant radicalement différent et meilleure. Cette phase d’idéalisation empêche de reconnaître ce qui était positif dans le premier couple.

Le thérapeute familial risque d’être pris par la mémoire affective douloureuse entourant la séparation comme si celle-ci résumait la vie conjugale et familiale. Or il a existé des ressources importantes au sein du couple précédent que le nouveau couple ne doit pas oublier et qui peut-être seront très utiles. Souvent les thérapeutes familiaux hésitent à s’engager sur ce terrain miné, pourtant il est utile de découvrir les points communs entre les parents dans leurs valeurs éducatives sans entrer dans une rivalité excessive avec le nouvel ami d’un des parents.

Le travail familial consisterait à concevoir une nouvelle vie en gérant ce qu’elles ont vécu avant pour leur permettre d’aller plus loin.

Ici, on peut faire un rapprochement avec le point de vue de R. Neuberger [Troisième constat : le nouveau couple sera d’emblée lié à la définition progressive de la relation parentale de chacun d’eux vis-à-vis des enfants de l’autre. Il est fort à parier qu’un moment donné, l’enfant réaffirme le lien biologique qui le lie à un membre du couple et le nouveau couple devra trouver un équilibre entre couple conjugal et couple parental.

LES DIFFÉRENTS RÔLES


LE RÔLE PARENTAL APRÈS UNE SÉPARATION CONJUGALE

 Fonction du père

L’auteur consacre un chapitre à ce sujet car dans notre société, la place du père est considérablement remise en question et de manière encore plus importante dans les familles recomposées. La puissance paternelle s’est peu à peu réduite avec l’évolution sociale, l’État se chargeant d’une partie de l’éducation via l’école. Cette tendance a augmenté en donnant aux juges une fonction importante notamment en matière de droit de garde. Etant donné que jusqu’il y a peu, 80% des droits de garde étaient accordés à la mère, l’idée est venue que pour être père, il faut plaire à la mère avant, pendant et après la vie conjugale.

Même si la tendance juridique actuelle est de laisser plus de place aux pères avec la loi de 95, en pratique, son rôle dans l’éducation des enfants dépend en grande partie du bon vouloir de la mère.

Le rôle du père a perdu sa légitimité sociale et doit être redéfini. Dans nos cultures européennes, son intervention semble reconnue quand elle concerne l’ensemble du groupe familial (le choix du domicile, les vacances et loisirs, le choix des études, etc). Le père a peu de contacts individuels avec les enfants et par conséquent laissera plus à la mère les contacts plus personnalisé avec les enfants. Son identité paternelle passera davantage par l’intermédiaire du couple parental.

Deux types de père existent donc après la séparation :

1.      celui qui va être réduit à payer une pension alimentaire, restant par là le père biologique et légal mais diminuant le contact du père affectif. Il jouera plutôt ce rôle auprès des ses beaux-enfants. Il préférera ne pas séparer le père parental et conjugal.

1.      celui qui va créer de nouveau rapport père-enfant sans l’aide de la mère pour médiatiser leur relation. Ceci nécessite une prise de risque car aucun modèle n’existe à ce jour. Ce père devra troquer son identité de père parental au profit d’une identité paternelle personnelle. Cela peut alors avoir comme effet positif dans la famille recomposée de ne plus se définir en fonction d’une place mais en fonction de des capacités relationnelles de chacun, capacité basée sur l’authenticité.

Cependant, l’ouvrage datant de 98, il serait intéressant d’évaluer la proportion entre ces deux modalités. La tendance actuelle va de plus en plus vers la garde partagée. Cela voudrait-il signifier que de plus en plus de pères s’investissent dans des contacts plus privilégiés avec leurs enfants ou bien que leur compagne ou leur propre mère investisse le rôle de médiateur ?

LES AMIS OU CONJOINTS DES PARENTS

Au niveau sociétal, la loi en Europe ne reconnait nulle autorité parentale à ces amis ou conjoints. Excepté en Angleterre (un facteur temps et de soins régulier étant pris en compte), le lien affectif et éducatif créé entre enfants et beaux-parents n’a aucune valeur légale en regard au lien de sang ou de filiation reconnu juridiquement. Or, l’absence de référence à une loi externe définissant les liens familiaux peut créer de l’incertitude et empêcher l’investissement relationnel à long terme.

Au niveau thérapeutique, une des fonctions importante de l’intervention familiale est de permettre aux systèmes de se représenter. L’auteur s’étonne que souvent les intervenants ignorent la nature des liens des couples et parfois les noms de famille portés par les enfants. A contrario, les rituels de présentation et d’explicitation formelles, des lieux de vie lui semble très important. Aussi, elle nomme les concubins différemment (beaux-parents ou amis des parents) selon la reconnaissance légale ou non du couple.

 Fonction des amis ou conjoints

Ils permettent de recréer une structure familiale avec un couple conjugal et réintroduisent une dimension d’intimité relationnelle et sexuelle au sein de la famille avec un effet rassurant pour les enfants.

Ils proposent des valeurs éducatives qu’ils doivent justifier non seulement auprès de leur partenaire (compétition avec le premier couple parental) mais aussi auprès des enfants qui sont en âge de les remettre en question ! Les rituels de la vie quotidienne sont sujets à des interprétations négatives quant aux intentions d’agression du couple conjugal de la part des différents acteurs, en particulier des enfants.

L’action thérapeutique quand elle est ciblée sur le couple vise à clarifier les attentes de relations avec chaque membre de la famille de la part des deux partenaires et de d’arriver à un compromis, une fois dégagé de ces interprétations souvent rattachées aux blessures vécues lors du couple précédent ou dans les familles d’origine. Pour exemple, le linge sale que la belle-fille dépose à sa belle-mère peut être vécu comme une agression par celle-ci alors qu’il peut s’agir d’un souhait de rapprochement de la part de la première.

 Spécificité de la fonction de l’amie ou de la belle-mère

Celle-ci va être d’emblée dans une fonction maternelle, dans notre société, définie principalement comme ayant trait à tout ce qui touche le soin du corps, l’habillement ( également la lessive), les repas. Implicitement, le père peut déléguer à l’arrivée de celle-ci ces différentes fonctions sans qu’elle y soit préparée. Classiquement elle sera également médiateur entre père et enfants. Il est souvent difficile pour les mères d’accepter ce partage de la fonction maternelle, particulièrement si les enfants sont jeunes et nécessitant plus de soins touchant au corps.

 Spécificité de la fonction de l’ami ou du beau-père

Celui-ci, moins présent, est plus rarement en compétition avec le père. Il est souvent perçu par les enfants comme celui qui va rendre maman plus sereine et qui va apporter à la famille un meilleur confort financier . Ce beau-père se propose le plus souvent comme un ami disponible. Ne voyant que ses propres enfants de manière beaucoup plus espacés, il se sent souvent dépossédé de son rôle paternel auprès des siens. De surcroît, l’apport financier au niveau de la famille recomposée se fait souvent au détriment de son ex-femme et indirectement de ses enfants !

LES FRATRIES RECOMPOSÉES

Les fratries recomposées vivent dans des liens d’alliance et de consanguinités partagés suivant la filiation de chaque enfant. Contrairement à une fratrie « biologique », la fratrie recomposée sert davantage à expérimenter la ressemblance que la différence, cette dernière étant inhérente à l’appartenance à des lignages différents. La complicité entre frères sera lente à construire car ils ne partagent pas des habitudes familiales. Il faudra pour cela créer des rituels de groupe favorisant les rencontres. Ce nouveau lien de parenté, de partage de mêmes souvenirs et expériences ne sera possible que si le parent absent l’autorise. Sinon il en résultera une simple cohabitation hostile ou indifférente.

Quand l’intervenant débute un travail avec une famille recomposée, il est toujours important de s’intéresser à l’organisation des contacts entre les différents noyaux familiaux et la renégociation des visites des enfants. Celles-ci en disent beaucoup sur les choix de relation à privilégier dans la famille recomposée, choix qui seront remis en question suivant le cycle de vie et la position de chacun. Ainsi une famille peut consulter parce qu’un de leurs enfants souhaite passer plus de temps avec son parent ou au contraire avec ses demi-frères.

Différents types d’alliance peuvent émerger : les alliances biologique, celle en fonction du sexe et enfin celle en fonction de l’âge (une différence d’âge d’au moins 8 ans diminue la complicité possible). Souvent les adolescents s’investiront peu dans ces nouvelles relations, plus préoccupés par l’investissement affectif à l’extérieur de la famille.

Les changements de rang dans la fratrie en fonction des sous-systèmes en présence occasionnent pas mal de tension mais sont autant d’occasion pour s’enrichir de nouveaux rôles. Souvent l’enfant du nouveau couple sera à la fois enfant unique mais ayant des demi-frères et demi sœurs souvent des deux côtés parentaux. Symbole de la réalité de la famille recomposée, il en résulte pour lui une place particulière à lourde responsabilité.

Un des risques non négligeable est le risque d’abus sexuel entre adolescents et les enfants. Il faut se monter prudent quand on propose la cohabitation entre ceux ci.

Le phénomène d’imprégnation connu au niveau éthologique qui permet de créer une distinction entre l’étranger-permis et le familier-interdit (en raison d’un puissant lien d’attachement qui inhiberait les pulsions sexuels envers les familiers) est difficilement évaluable dans les fratries recomposées. Et on a peu étudié les conditions nécessaires pour l’installation de ce processus au sein de ce type de fratrie.

De plus, il n’existe pas d’interdit clair au niveau culturel, ni au niveau légal et donc pas de position commune de la part des thérapeutes quand il s’agit de définir une relation incestueuse dans les familles. recomposées.

Pourtant pour l’auteur,la règle de prohibition de l’inceste entre demi-frère et demi-sœur doit être énoncée clairement par le nouveau coupleafin que chaque enfant puisse chercher une partenaire en dehors de son système relationnel familial. Par exemple, choisir d’appeler le lien par « sœur » ou « frère » plutôt que par « demi-frère » ou « demi-sœur » rappelle d’emblée cette règle. Ils peuvent également l’organiser à travers la répartition des chambres, le partage de la salle de bain, etc.

LE RECADRAGE QUE PEUT APPORTER LE THERAPEUTE FAMILIAL


Le contact téléphonique : Souvent le thérapeute familial est contacté par l’un des parents concernant leur enfant, patient-désigné. Le risque d’alliance implicite avec ce parent qui fait la demande est grand si le thérapeute n’est pas vigilant. Aussi déjà au téléphone, le thérapeute peut préciser qu’il aura besoin de l’autre parent pour comprendre l’ensemble de la situation. Cette position de neutralité placera le thérapeute dans une position très proche de celle du patient désigné mais dégagée du l’intensité affective des conflits dans lequel ce dernier est engagé.

Toujours lors de cet entretien téléphonique, il devra explorer les loyautés affectives des enfants vis-à-vis des deux branches de leur famille d’origine afin d’évaluer quels membres de la famille recevoir.

Lors du premier entretien, il est important de spécifier son cadre de travail. Il ne s’agit pas d’un cadre d’expertise mais thérapeutique. Si l’auteur accepte de rédiger un rapport à la demande d’une des deux parties, c’est à la condition du respect de sa position de neutralité envers chaque parent, le rapport étant remis aux deux parties et étant inutilisable dans un combat conjugal. Elle signale ainsi que le travail à effectuer concernera l’ensemble du système familial. De son expérience, elle trouve très utile de le remettre à la famille et d’en discuter avec chacun des membres en entretien familial.

Une fois le cadre thérapeutique mis en place, le thérapeute explorera les représentations parentales du patient désigné afin de décider quel noyau familial il sera amener à rencontrer. Une des premières questions est de savoir quel membre de la famille élargie peut être disponible comme ressources dans les difficultés actuelles.

Objectif du travail familial quand la séparation et récente ou que le processus de deuil de la famille originelle n’a pas pu se faire.

Enfin en fonction du choix du sous-système familial, nous pouvons nous attendre à un travail thérapeutique différent en regard des émotions vécues au sein de celui-ci. En général, les enfants partagent les sentiments du parent avec qui ils vivent. On peut s’attendre à des sentiments d’agressivité envers l’ex-conjoint, de culpabilité et de désir de réparation vis-à-vis des enfants dans un noyau composé des enfants et du parent qui est parti ; ou à des sentiments très forts d’abandon, d’incompréhension parfois de trahison dans un noyau composé du parent qui « a été quitté » et des enfants. Notons cependant qu’il est fréquent que les enfants au sein d’une même fratrie biologique se partagent les loyautés envers chacun de leur parents.

Ce travail aura pour objectif dans les deux cas d’aider chaque sous-système à modifier la nature de leur relation qui ne pourra rester comme telle sans tomber dans la rupture du lien.

Une manière d’aider au deuil de cette famille qui arrête son histoire commune semble de faire parler ses membres sur la répartition des photos, souvenir d’une vie qui appartiendra au passé. Cette partition risque de susciter des réactions vives tant au niveau des enfants que des adultes. Les faire échanger sur « à qui chacun estime que devrait revenir telle photo » permet de mettre en lumière les enjeux sous-jacents et les loyautés des enfants envers un de leur parents. Une photo de famille va t elle se retrouver dans le salon du parent qui a été quitté, dans le portefeuille du parent quittant, dans le carnet intime d’un des enfants ou chez les grand parents qui verront moins leurs petits enfants ? Plutôt que d’imaginer la reproduire, dans ce moment de crise, personne n’est prêt à imaginer d’autres alternatives que celle du tout ou rien.

Objectif du travail avec les sous système avec recomposition familiale

Le travail de fond, quelque soit la moyen sera d’amener les membres de cette famille pluricomposée (selon l’expression de R Neuberger), sera d’intégrer le passé dans le présent pour construire un futur. Elle doit gérer les souvenirs d’un passé idéalisé ou douloureux et redéfinir symboliquement et visuellement leurs nouvelles frontières dans l’espace et dans le temps.

S’il s’agit d’organiser une fête du nouveau couple ou de la naissance de leurs enfants, une tâchejudicieuse consiste à proposer au couple d’écrire ensemble la liste des personnes qu’ils souhaitent inviter et d’attendre les réponses de ces dernières. Cela permettra à chaque membre de la famille élargie de prendre position par rapport à cette nouvelle famille. Ce sera l’occasion de définir un nouveau réseau relationnel.

Précédemment nous avons citer la nécessité de connaître les modalités de rencontre entre les sous-systèmes mais également leurs noms. Il semble intéressant d’utiliser les noms qu’emploie le patient désigné (avec son autorisation) pour désigner les différents membres de sa nouvelle famille.

De nouveau lors de ce travail, le sujet « photos »peut les aider à verbaliser et expliciter leur difficultés frontalières ou territoriales. Parvenir à penser un album de la nouvelle famille semble un indice de réussite de cette nouvelle définition . Ainsi, questionner un père sur les endroits où sa fille n’aimerait pas que la photo où elle a été immortalisée avec son nouveau demi frère soit exposée ou questionner la fille sur comment elle imagine que sa mère réagirait si elle voyait cette photo aident à clarifier les positions relationnelles en respectant les loyautés du passé, le vécu présent et les projections du futur.

En fonction de la problématique amenée et du premier entretien téléphonique, l’auteur choisitquel sous-système rencontrer en fonction de ce qu’elle souhaite explorer. Deux types de rencontre habituels dans sa pratique seront exposés ci-dessous avec le caractère surprenant qu’elles peuvent avoir pour nous, intervenants, mais également pour ces familles. Cependant, au cours d’une même intervention, différents sous-systèmes peuvent être rencontrés en fonction de l’évolution de l’objectif poursuivi pour le patient désigné.

 Fréquemment, l’auteur propose aux parents légaux de se réunir avec l’enfant. Cela lui permet de mieux évaluer l’interférence entre résidu de conflit conjugal et relation parentale. De plus, plusieurs années après la séparation, cette rencontre permet de modifier l’image bien souvent obsolète de son ex conjoint et de mettre en évidence les bénéfices secondaires que les enfants peuvent tirer des bénéfices des conflits conjugaux.

 De même il lui semble important d’inviter les membres remplissant des fonctions parentales. Impliquer un homme ayant une fonction paternelle même partielle semble extrêmement mobilisateur. La rencontre entre les deux nouveaux couples parentaux sera d’autant plus dynamique que la présence du thérapeute veillera à clarifier dès le départ le but de l’entretien : rester dans les ressources du côté parental et non pas alimenter les conflits d’ordre conjugal.

spécificité de l’approche avec les familles recomposées dont le patient désigné est l’adolescent

Souvent pour résoudre le problème des loyautés séparées et/ou pour fuir les conflits, l’adolescent est amené à critiquer la famille dans laquelle il vit la plupart du temps en idéalisant l’autre famille. S’il demande un changement de lieu de vie, il convient de s’interroger sur qui prescrit cette loyauté et quelle en sera l’évolution.

Rencontrer les deux couples parentaux permettra souvent à ceux ci de se rendre compte qu’en réalité, contrairement à ce que l’ adolescent leur a dit, les règles de vie sont relativement semblables. De plus au fil des entretiens, une légitimité plus grande peut être gagnée pour l’ami ou l’amie. Ainsi un père peut autoriser le beau-père à appliquer certaines règles envers son enfant, le beau père pouvant rétorquer dans la vie quotidienne à l’adolescent que son père serait sûrement d’accord avec lui et qu’il peut vérifier s’il le souhaite.

Le but du travail familial autour de l’adolescent n’est pas de l’aider à s’intégrer dans les nouveaux rituels de sa famille mais de l’aider à sortir de la famille tout en le structurant au niveau des limites à respecter.

D’un autre côté, le demande de changement de lieu de vie ou l’agressivité envers le conjoint de sexe opposé ou un des enfant de celui-ci peut être légitime dans la mesure où l’attirance sexuelle envers ce dernier peut être très forte et difficilement vivable au quotidien. Il est souhaitable de reconnaître l’angoisse qui habite l’adolescent sans toutefois espérer que cette attirance soit explicitement nommée lors des entretiens.

CONCLUSION


Les situations de séparation et de recomposition familiale ne sont pas particulièrement porteuses de dysfonctionnement pour l’évolution des enfants mais elles sont plus complexes à gérer.

R. Neuberger se montre très sceptique quant à la réussite de ce genre de travail car il estime que ces familles sont trop fragiles au niveau de leur mythe, souvent trop obnubilé à imiter la famille nucléaire. Plus optimiste, C. Van Custem invite l’intervenant à se détacher des modèles qu’il projette sur ces familles en quête de reconnaissance d’image et à utiliser sa créativité afin de mobiliser les ressources de cette famille.

Pour cela, l’intervenant systémicien doit être capable d’imaginer les changements de nature de leur relation, les aider à en créer de nouvelles. Cette démarche s’inscrit dans le courant de pensée de Bowen convaincu de l’importance de la différenciation des systèmes.

Et vis à vis du patient désigné, en partant de son malaise au niveau de ses loyautés, l’objectif principal sera de retisser des liens qui ont été et sont sans doute toujours important pour lui afin qu’il puisse penser au futur ayant intégré plus souplement passé et présent.

Benedicte Luczak

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